Pierre GOSNAT
Pierre Richard
Daniel Miterrand
John Paul Lepers
Irène SADOVSKA
Jacques HIGELIN
Robert DOISNEAU
Allain LEPREST
Claude LELOUCH
Serge Orru.
Sylvie MIQUEU

 

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Pierre GOSNAT

Le hasard fait bien les choses !

Etait-ce vraiment un hasard si Oscar, Sylvie et le Théâtre Aleph ont débarqué sans prévenir à Ivry…. voilà 10 ans ?

Un peu squat, un peu encombrants et déjà tellement bruyants des mots qu’ils avaient à chanter, des révoltes à crier dans ce monde brutal qu’ils avaient connu sous la férule de
Pinochet et sur les chemins de l’exil.

Ce n’était pas un hasard. Naturellement le parcours d’Oscar et de ses compagnons devait passer par la France, terre d’accueil et Ivry, quartier de planète et des solidarités.

L’amitié fait qu’ils y sont restés, au point qu’ils sont devenus des acteurs de notre histoire commune dans laquelle, l’art, le théâtre et la farce nous ouvrent tous les horizons d’une
pensée critique et révolutionnaire.

J’entends d’ici les rires du public du Théâtre Aleph quand le peuple, par dérision se venge de la férocité du dictateur. Comble de dérision c’est Oscar, l’exilé qui a revêtu les oripeaux du bourreau !

Salut l’Artiste !

Pierre GOSNAT

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Pierre RICHARD

L’Aleph, c’est une tribu. Une tribu d’indiens au Chili, et d’apaches en Banlieue Parisienne. Ils ont leurs codes, leurs coutumes. Leurs façon d’exister, toute entière tournée ver les spectacle. Une fenêtre ouverte sur le monde extérieur l’humanisme, la foi en un monde meilleur. Une tribu émouvante et drôle à la fois.

J’ai eu la chance d’en faire partie à une époque de ma vie, d’avoir fumé avec eux le calumet de la paix, bu du pisco, vitupérer sur l’égoïsme des petits frères blancs ; d’avoir beaucoup ri aussi parce que le rire est le propre de l’homme rouge.

Guevara, Neruda, Allendé, Mateluna, Valparaiso, Santiago. C’est où tout ça ? à Ivry-sur-Seine, caraco.

Que les esprits soient avec toi Grand Chef Castro, avec toi, et avec tous les braves de la tribu.

Longue vie à vous.

Pierre RICHARD

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Danielle Mitterrand

11 septembre 1993, coup de tonnerre dans le monde, coup d'Etat contre la démocratie : la mort du Président Allende emporte avec lui les espoirs qu'il suscitait. Le monstre sanguinaire, sa police chilienne et sa police politique font fuir des milliers d'hommes, de femmes chiliens qui emportent avec eux les vestiges d'une démocratie assassinée. Commence alors le temps de leur exil. Peu à peu, ils s'installent chez nous. Et très vite, ces amis, ces frères font partie de nous-mêmes.

D’abord, avec une rage non contenue contre Pinochet et ses "souteneurs", ils racontent ce qu’ils ont vécu. Alors qu’ils dessinaient leur Chili, celui qui ferait la démonstration d'une politique démocratique en quête de justice, de partage, de la liberté de vivre, libéré de la chape étouffante de l'économie de marché et du pouvoir tyrannique des banquiers, ils n'ont pas vu se profiler l'ombre de la machine infernale. Cette machine qui allait décapiter un projet collectif qui contrariait les objectifs d’un monde qui nous est imposé par la force, la supercherie, et l'abêtissement des peuples.
Puis avec nostalgie, ils évoquent la douceur de vivre qu'ils ont laissée derrière eux.

Les "Latinos", comme nous les appelons, réfléchissent à voix haute. Ils utilisent tous les moyens d'expression, des pièces de théâtre, des chansons, ils écrivent. Et nous nous rencontrons autour d'un verre de l'amitié, côte-à-côte dans les défilés pour défendre la cause des opprimés ; nous faisons connaissance, découvrons le bon sens populaire des Indiens de cette Terre Latine. Ils nous font nous interroger sur nous-mêmes. Pourquoi utiliser la force des faibles qui n'ont d'autres arguments que le canon de leurs fusils ou la torture et la prison ? Nous utiliserons le verbe, la conviction qui nous anime, la démonstration d'autres pratiques constructives d'un monde dont l'objectif est le respect des uns par les autres et la Paix entre tous.

Comme les autres Chiliens, Oscar avec sa famille et son théâtre participe à notre vie, avec humour. Il nous observe, analyse la vie française, ses travers et "Mateluna" nous fait rire de nous-mêmes et des péripéties vécues par les émigrés.
Nous n'avons pas rechigné à le suivre en tout lieu. Nous nous retrouvions avec bonheur à chaque représentation jusqu'à ce qu'il se pose dans un chez lui original, qui lui ressemble, où sa respiration anime les recoins les plus inconcevables de l'endroit. L'Espace Théâtre Aleph devient notre lieu de vie où se joignent tous ceux que notre amitié inspire.

Oscar, creuset des cultures fondamentales originelles, où germent les textes qui nous ravissent le temps d'un spectacle et dont l'évocation entretient la joie de vivre des retrouvailles.
C'est cela la réussite du Théâtre Aleph, le mélange de l'amour viscéral pour le Chili et de son affection pour notre pays qui l'a accueilli.

Merci Oscar pour ce que tu nous as apporté, pour nous avoir fait aimer le Chili et nous avoir donné la chance de t'aimer.

Danielle Mitterrand

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THEATRE ALEPH : UNE LUMIERE DANS LA VILLE

Je suis Ivrien à cause de ma femme Nathalie. Pour moi, issue d’un famille plutôt de l’ouest parisien, Ivry sur Seine n’était qu’une petite ville de la banlieue rouge, coincée entre le périphérique, deux cimetières parisiens, et les voies de chemin de fer de la gare d’Austerlitz. Le souvenir de Thorez et de Vitez plane encore vaguement autour des immeubles en béton, mais à 50 mètres de la « rue Lénine », s’ouvre « l’impasse de l’Avenir »…

Quand nous nous y sommes installés en 1992, la zone n’avait pas connu l’essor immobilier qui la classe aujourd’hui dans le peloton de tête des friches urbaines investie par les bobos parisiens. La crise économique avait frappée cette ville industrielle de plein fouet, et en 20 ans toute les usines avaient fermées. En 89 La chute du mur de Berlin avait bouleversé les certitudes déjà fragiles des Ivriens qui malgré tout reconduisent leur majorité municipale communiste depuis le début des années 20. La montée de la pauvreté conjuguée à la gueule de bois idéologique : l’immobilisme.

Et puis j’ai découvert les saltimbanques de la rue Christophe Colomb. A la proue du Théâtre Aleph : Oscar Castro une espèce d’indien du Nouveau Monde, pourchassé par la dictature chilienne et la volonté de ne pas baisser les bras. Le petit homme à la crinière noire vient nous rappeler avec son regard d’amour et de révolte, que la politique c’est un combat, et que toute action n’a de chance de réussir que si elle est collective. 

En nous ouvrant son cœur, Oscar nous a aussi donné sa famille. Un vaudeville latino-américain, mais qui ressemble à nos vies. La famille c’est dur, mais c’est le premier projet collectif important, alors il faut le réussir. Le premier théâtre d’Oscar Castro c’est sa propre vie, une drôle de mise en scène, quelque fois brouillonne et improvisée, mais toujours généreuse et en quête d’espoir.

La famille s’est agrandie pour former la troupe du Théâtre Aleph. Des comédiens sachant tout faire : écrire des spectacles, chanter, danser, construire les décors et organiser une fête. Mais aussi des individus libres et disponibles aux autres.

La première fois, j’étais venu en spectateur, qui achète son billet et fait la queue pour s’asseoir à son siège. Une fois le spectacle terminé, on applaudi et c’est fini. Et bien pas chez Oscar et sa famille.

Certes, en ce qui concerne la façade sur la rue, ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour aguicher le client… Mais dès la porte rouge poussée, on entre directement à l’intérieur d’un théâtre mais qui serait en même temps une maison. La troupe est rarement au repos. Passé le premier sourire-bonjour, chacun poursuit sa tâche. Ils sont très occupés.
Après un premier moment d’hésitation, le client s’avance vers le fond, il croise un Arlequin qui répète son texte, dans la salle à manger, des enfants terminent un goûter d’anniversaire. Accrochés aux murs une femme nue, un magicien au turban rouge, un gavroche qui nous regarde par la fenêtre, au bar un général sandiniste propose un petit vin du Chili. La conversation s’engage, un CD de salsa accompagnent les rires d’enfants. Arrive Oscar, les bras grands ouverts, et après une accolade il lance avec un large sourire : « le plus révolutionnaire aujourd’hui dans notre monde, c’est l’amour ! ».

Ici, ce n’est pas le monde culturel d’une élite de la nuit.
C’est juste une tribu d’allumés dans le brouillard de nos individualismes.

Grâce à mes enfants qui suivent depuis des années l’aventure de l’école du Théâtre Aleph, je suis devenu un des nombreux amis de la famille. Avec Oscar et sa troupe, j’ai compris que nous autres européens hésitants, avions beaucoup à apprendre de cette Amérique là, celle du Sud, l’Amérique Latine.

JP Lepers

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« Par son esprit farouche d’indépendance et son goût des aventures de toutes sortes, le Théâtre ALEPH échappe aux catégories et aux étiquettes.
Artistes pluridisciplinaires : acteurs, chanteurs, danseurs, musiciens et créateurs, les individualités de chacun tissent ce style particulier d’ALEPH : festif, ludique, direct, mais aussi subversif, combattant l’injustice, les impostures et les abus du pouvoir, par l’humour caustique et la parodie. A sa façon, recourant à l’esthétique du cabaret du music-hall, sous une forme légère, souvent parodique, alliant l’humour, la poésie et la réflexion, Oscar CASTRO traite des sujets ayant rapport aussi bien aux événements de l’histoire récente qu’aux faits de la Société Actuelle. »
Irène SADOVSKA (Journaliste)

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« Attention, ce cabaret est très louche … là se bat l’esprit de FELLINI contre l’âme de BUNUEL, sur une fleur libertaire. Aucune chance de ne pas s’en souvenir. »
Jacques HIGELIN (Chanteur)

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« La silhouette de chaque interprète est un régal pour le visuel que je suis. Vous avez su créer un climat généreux et tonique, avec en prime le cadeau le plus précieux que l’on puisse recevoir : le rire. »

Robert DOISNEAU
Président du Théâtre ALEPH 1990 – 1994

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« Furieux, follingues, farachons tous, farandoles fantastiques, faiseurs de faire et de fuir. Ah !!. »
Allain LEPREST (Chanteur)

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« Je n’aime que les spectacles que j’ai envie de revoir. Je pourrais revoir « Le Kabaret de la dernière chance » mille fois. Bravo à tous. »
Claude LELOUCH (Cinéaste)

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Serge Orru.

Le vent s'enroule dans la Cordillère des Andes et décide de basculer vers l'ouest. Il se saoule de solitude et de sel dans le désert d'Atacama et ses filaments transparents viennent caresser les cheveux et le visage de ceux que tu aimes dans le Chili de ta mémoire.

Tu es né dans un pays où il est difficile de se perdre. La mer du Pacifique d'un côté, la muraille de signes de l'autre.
Un onzième jour de septembre, un dictateur a disloqué une démocratie et ta famille. Chassé par des militaires, tu es venu dans le pays des droits de l'homme et tu l'as enrichi de ton esprit, de ton talent et d'une histoire cruelle et belle.

Ton espagnol a pris l'accent français et tu as offert à tes 4 enfants une nationalité européenne.

Oscar Castro ou un Indien à Ivry !. La troupe Aleph siège rue Christophe Colomb ! Non loin, une femme Corse, remarquable, veille sur vous : Danièle Casanova qui est morte à Auschwitz après avoir tant résisté.

Charlie Chaplin aurait adoré être en scène avec toi. Tu as côtoyé Pablo Neruda en jouant son postier favori. Gabriel Garcia Marquez est ton ami, toi le chevalier des Arts et des Lettres. Chevalier, tu es sur ta monture, jamais fourbu, tu poursuis le combat quotidien pour rêver le monde et le construire avec tes pièces de théâtre, tes livres, tes films, tes rires et tes peines et aussi ta connerie, comme tu sais si bien le dire.

Tu ne pratiques jamais la jérémiade. Ils ont enlevé ta mère et ton beau-frère et les ont tués et fait disparaître. Le ressentiment ne givre pas tes pensées et tes actes. Alors que ta peine est éternelle

Tu ne veux pas qu'ils gagnent une seconde fois, les criminels du plan Condor, toi l'ancien de l'Université Catholique de Santiago.

Tu es un être rare, mi companero. 20 ans que j'ai le bonheur de te connaître. On s'est rencontré grâce à Pierre Barouh, lors d'un déjeuner avec Jean-Louis Foulquier et on ne s'est plus jamais quitté. La fidélité se juge sur une vie, tu es le parrain de Carmen ma fille cadette et je suis le parrain d'Oscarito, ton dernier fils.

Tu m'as emmené dans ton pays lors du tournage de ce superbe document "Nous nous sommes tant aimés à Santiago" de Frédéric Laffont et Pierre Barouh. Musique : Anita Vallejo, la grande.

Tu as retrouvé la troupe fondatrice d'Aleph et les regards de tes compagnons racontaient votre vie, j'ai connu ton père à Santiago du Chili. Je t'ai entendu parler à l'eucalyptus de ton enfance. Tu nous as embarqués sur la locomotive qui relie Colin, ta ville natale, à Talca.

Le Chili retrouvait l'espoir. C'était en septembre-octobre 1988. Les casques des militaires luisaient encore dans la nuit chilienne. Les policiers cernés et habillés en Starsky et Hutch qui t'ont encerclé avec leur nervosité meurtrière pour te détruire dans cette rue privée de lumière se sont volatilisés, laissant leur voiture toutes portes ouvertes. Le vacarme de leur violence résonne encore dans notre cerveau reptilien. Et le peuple chilien cria son nom au général félon.

Certes, nous sommes en profond désaccord sur la supériorité de l'oursin chilien sur l'oursin méditerranéen.

Un jour tu m'as appris que la vérité est plus haute que la lune ; cette phrase est un apprentissage.

Je te suis très reconnaissant du discours que tu prononças à la mort de mon père. Tu as demandé à Joseph puisqu'il s'en allait vers les terres inconnues de préparer la fête, lors de nos prochaines venues, et de saluer pour nous Ernesto Che Guevara, Savaldor Allende et John Lennon !

Avec tes rites d'indien, tu me dis parler aux esprits, aux morts. Tu parles aussi bien aux vivants pour que nous puissions croire en l'existence et nous pousser à aller de l'avant.

Toi le latino, le sud-américain, l'indien, l'hispanique, le français, toi et tes cheveux noirs, toi l'artiste, je te dis tout mon amour et mon admiration.

La tribu Aleph est la grande sœur de la tribu du Festival du Vent. Chacune gravit sa montagne et vient à la rescousse de l'autre sur un simple regard ou sur une intuition que l'on nomme Fraternité.

Chacun suit son cap invisible, gonfle ses voiles avec la confiance de l'autre.
Je salue avec émotion Julietta et don Oscar José, tes parents pour tout ce qu'ils t'ont donné et tout ce que tu nous donnes avec les tiens dans le Kabaret de ta vie

Voici pour conclure, mon cher Oscar, mon grand frère, ces mots de Ricardo

Petrella qui te vont à merveille

"Les héros d'aujourd'hui et de demain ne sont plus les plus compétitifs, ni ceux qui parviendront malgré tout, à survivre à la place des autres et à conquérir davantage de pouvoir financier, commercial, technologique, militaire sur les autres, mais ceux qui font avancer le bien commun, les droits de tous et de chacun, à la vie, à la citoyenneté".

Serge Orru.

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 Sylvie Miqueu.

 

C’est fascinant d’analyser nos capacités de retenir, graver, et remémorer des souvenirs. J’aime imaginer que chaque souvenir est rangé dans un tiroir spécifique à lui, je ne sais pas s’ils sont rangés en fonction des personnes, du lieu ou des états d’âmes qui les habitent.
Alors pour retracer l’historique de l’Espace Aleph, pour pouvoir me remémorer tous les moments forts partagés, les personnalités rencontrées, les évènements inventés, j’ai dû ouvrir et fermer beaucoup de tiroirs, et découvrir de nombreux souvenirs que j’avais oubliés.
Cette recherche a été un régal et m’a provoqué beaucoup de plaisir, sans doute parce qu’elle m’a permis de revivre en quelque sorte tous ces moments intenses.
          Cette année, cela va faire 18 ans que j’ai rencontré un jour le capitaine d’un bateau, lors d’une escale au Bataclan pour « Le Kabaret de la dernière chance ». J’étais alors un marin solitaire, spécialisé dans la danse, qui naviguait de barque en barque, de port en port, et depuis ce jour je suis montée dans son bateau, et je ne l’ai plus jamais quitté. Je suis heureuse et fière d’appartenir à cette famille de l’Aleph, de me battre pour le faire naviguer dans la dignité, la solidarité, la loyauté, et dans le plaisir bien sûr, ce bateau qui est devenu mon bateau. Je me sens avant tout guerrière, prête à affronter toutes les tempêtes.

Sylvie MIQUEU CASTRO